L'APPELprint

Evaluation du projet en cours de formation des AT (Accoucheuses Traditionnelles) dans le district de Moïssala à 80 km de Sarh

Arrivés en dernière année du projet qui est financé sur 3 ans (2004-2006), nous pouvons faire une première évaluation. L’objectif était d’inclure les AT dans le système de santé à plusieurs niveaux de référence afin de diminuer la morbi-mortalité maternelle et infantile, c’est-à-dire la proportion des malades et des personnes décédées.
Deux questions peuvent donc se poser :

  1. Les AT font-elles partie maintenant du système de santé ?
  2. Cela a-t-il un impact sur la santé des mères et des enfants ?

Inclusion des AT dans le système de santé

Depuis 2001, début du projet (sans financement), la grande majorité des Centres de Santé (CS) réunissent les AT régulièrement et celles-ci, comme les infirmiers, expriment leur grande satisfaction de pouvoir travailler ensemble. Nous tenons à préciser que la formation est destinée aux femmes qui faisaient déjà des accouchements dans les villages. Nous avons pu relever les cahiers que nous leur avions distribués : elles devaient noter les accouchements effectués dans les villages avec leurs particularités (jumeaux, sièges, transfert, décès du nouveau-né ou décès maternel).
Certains infirmiers relèvent désormais eux-mêmes les cahiers afin qu’à terme l’activité des AT soit incluse dans les statistiques du CS.
Reste le problème de la rémunération de ces accouchements au village qui devait être uniforme sur tout le district mais qui n’est toujours pas officialisée.
La progression des accouchements recensés est nette au cours des années, preuve que les AT s’impliquent de plus en plus.

Année 2001 2002 2003 2004
Accouchements recensés au village745130315542978
Mort nés et décès précoces au village32 (4,3%)34 (2,6%)39 (2,5%)83 (2,8%)
Décès maternels au village1113

A noter que 4 décès maternels ont été signalés en plus dans les villages mais ils sont survenus en l’absence d’AT et n’apparaissent pas dans ce décompte.
D’autre part, en 2004, il y a eu 1.023 accouchements au CS (0 décès) et 616 à la maternité de l’hôpital (5 décès dont 2 ruptures utérines) où sont référés les cas graves.

Conséquences sur les mères et les enfants

Nous rappelons les 4 buts que nous avions proposés dans ce projet :

1 - Obtenir des chiffres afin de cibler les actions : recensement d’au moins 70% des accouchements sur le district. Le nombre total d’accouchements ayant été estimé à 4.500 dont 75% dans les villages, l’objectif paraît donc pratiquement atteint.
La qualité du recueil des informations doit être améliorée, les complications n’étant pas toujours bien notées.

2 - Impliquer la famille et le village dans la prévention des complications : diminution des fausses couches tardives et des accouchements prématurés, de l’anémie maternelle.
Cela va être plus difficile à chiffrer mais on sait que la réduction de ces pathologies va aller de pair avec un meilleur suivi.

3 - Dépister les femmes à risques et transférer précocement les cas compliqués pré, per et post partum (diminution de la morbi-mortalité maternelle) vers l’hôpital de référence.
Les chiffres semblent plutôt en augmentation ! Cela est peut-être dû à un meilleur recueil des situations réelles. Mais cela montre toujours des références trop tardives...

4 - Augmentation des consultations post-natales des enfants pour atteindre au moins 60% afin de prévenir et dépister précocement la malnutrition infantile et obtenir une meilleure protection vaccinale.
Cela progresse mais nous n’avons pas encore tous les chiffres sur les dernières années.

Nos conclusions à ce stade sont encore très prudentes.
A l’issue des discussions avec les autres associations s’occupant de la formation des AT, ce projet paraît le seul qui inclut autant d’AT (400) et soit à l’échelle d’un district entier. L’évaluation de la satisfaction des différents protagonistes (personnel soignant et population villageoise) est dès maintenant très encourageante. Elle ne pourra se faire que sur le long terme si le système perdure au cours des années au-delà de notre soutien.
Quant à l’impact sur la santé maternelle et infantile, il faudra aussi quelques années pour voir les effets de l’augmentation du nombre de consultations prénatales et infantiles.

Nous sommes bien conscients que ce n’est pas en 3 ans que nous pouvons construire et évaluer un tel projet et qu’il nous manque donc une période de consolidation et d’évaluation plus longue.

http://www.lappel.org - L'appel au développement pour les enfants du monde.