Une mission d’évaluation conduira au Cameroun, du 6 au 17 décembre 2005, Sophie Lemerle, Hubert Chegaray et Dominique Petit. Destination principale Bangwa, à 250 km au nord de Douala, dans un paysage volcanique à 1.200 m d’altitude. Ethnies Bamileké et Bamoun.
L’hôpital Protestant est situé dans une région assez pauvre, vivant de petits commerces et des ressources de la terre. Ce n’est pas la famine car le sol produit manioc, taros, macabos, ignames, banane, plantain. Sans compter le poisson des rivières, les poulets, les cabris, les rats même qu’exhibent des enfants sur le bord de la route.
Mais il faut aussi payer les études des enfants, accéder aux soins en cas de maladie et c’est là que l’argent vient à manquer. Avec nos amis de l’hôpital, depuis plusieurs années, nous cherchons les meilleurs moyens de lutter contre le sida. Ceci dans une double perspective : la prévention de la transmission mère enfant du virus et l’accès de la population locale à la trithérapie.
Prévention de la Transmission Mère Enfant du sida (PTME du VIH)
Spontanément le risque de TME est de 35 à 40 % principalement en fin de grossesse ; au cours de l’accouchement et de l’allaitement maternel. Une première action, commencée début 2002 avec le soutien de la Fondation GLAXO SMITH KLINE, nous a permis, avec l’utilisation d’une molécule, la Névirapine, de viser une diminution de moitié de cette transmission.
L’évaluation de cette action, portant sur environ 800 femmes par an, nous a permis d’augmenter progressivement le pourcentage de femmes acceptant le conseil, le dépistage, et la participation au traitement.
L’évaluation de résultat (quel pourcentage d’enfants contaminés et, en contrepartie sauvés) a été plus difficile pour deux raisons : délai de 18 mois pour faire le dépistage sérologique de la contamination de l’enfant, et perte de vue d’un assez grand nombre de couples mère-enfant en raison du recrutement parfois très éloigné des femmes enceintes. Une évaluation plus rigoureuse du résultat demanderait des moyens humains et financiers que nous préférons réserver à des besoins plus immédiats.
La PTME continue.
L’objectif est une nette amélioration du risque par la mise en place d’une bithérapie appliquée à la mère et l’enfant, pour une réduction de la transmission à environ 6 %.
De continuer à suivre les mères, et les enfants qui malgré la prévention sont contaminés jusqu’à leur accès à la trithérapie.
De mettre l’accent sur l’information du conjoint, nécessaire à une bonne prise en charge de l’ensemble de la famille.
Accès de la population locale au traitement antirétroviral (traitement ARV ou trithérapie)
L’accès de toutes les populations, et spécialement dans le tiers monde, au traitement ARV est aujourd’hui l’objectif numéro 1.
Cette prise en charge est réalisée depuis plusieurs années au Cameroun dans les grandes villes : Yaoundé et Douala. Puis, plus récemment, dans les chefs-lieux de province, Bafoussam pour l’Ouest.
Notre objectif est la formation de médecins prescripteurs d’ARV et d’équipes thérapeutiques capables de mettre en place ce traitement à l’hôpital de Bangwa et dans les autres hôpitaux protestants de l’Ouest et du Littoral (Douala) représentant 1/5 de la population du Cameroun.
Ainsi, nous avons réalisé en novembre 2005, avec nos partenaires camerounais et le soutien financier de SIDACTION, un séminaire de formation des médecins futurs prescripteurs et des personnels paramédicaux formant les équipes thérapeutiques sans lesquelles la trithérapie ne peut être engagée et surtout poursuivie dans la durée.
La mission de décembre aura pour but d’évaluer la réalisation : le séminaire aurat- il correspondu aux objectifs qu’on lui avait assignés. Et d’évaluer son impact : les personnels formés ont-ils acquis les connaissances et les réflexes nécessaires à un traitement ARV rigoureux.
Nous visiterons le dispensaire de Bojongo où Marie Takougoum se dépense sans compter, dans les domaines médical et social, pour aider la population déshéritée de cette banlieue de Bonabéri. Grâce à l’aide de la Fondation Air France, que nous remercions, il y fonctionne un atelier de couture pour les jeunes filles.
Nos actions sont faites à la demande de nos correspondants et en partenariat avec eux : "Il faut deux bras pour faire un paquet " dit le proverbe Bamileke. Il ne s’agit pas d’assistance et notre objectif est que ces actions soient pérennes.