L'APPELprint

Des partenaires de L’APPEL-DURANCE témoignent :

A l’occasion des 20 ans d’échanges avec le sud du Tchad, Hervé VINCENT, reporter photographe, a interviewé en janvier 2006 de nombreuses personnes, aussi bien acteurs de terrain qu’institutionnels. Des extraits des témoignages de 9 d’entre eux sont présentés ci-dessous :


Mardi Boy Apollinaire :
Je suis un simple cultivateur de coton et de manioc, près de Moïssala. On m’a demandé de faire le traducteur parce que les matrones ne parlent pas le français. Chaque fois que ces blanches viennent (pour la formation des accoucheuses traditionnelles), ça nous apprend beaucoup de choses. Elles sont courageuses pour arriver jusqu’ici, elles doivent franchir le fleuve en barque, faire des dizaines de kilomètres de piste. La formation, elle est très bonne, on comprend bien. Avec le mannequin, les matrones refont les gestes de l’accouchement tout comme il faut bien... Je vois que les naissances se passent bien maintenant. Moi je n’ai jamais rien vu d’autre que mon village, je ne peux vous dire que ce que je connais.


Dr Ernest Mahamat Besso,
médecin-chef du District sanitaire de Moïssala, depuis 2004 : Quand je suis arrivé à Moïssala pour prendre mes fonctions, je m’attendais à un nombre de mortalité maternelle très important. En fait c’est ici qu’il est le plus faible de la région.
Le personnel m’a expliqué que c’est en grande partie grâce aux bons conseils enseignés par des Français venus de la maternité de Pertuis en France. Quand je les observe expliquant aux matrones, je me dis : comment ces gens-là ont-ils pu imaginer une formation aussi pratique, aussi bien ? L’idée de les munir de mallettes avec le matériel indispensable et de venir vérifier chaque année, c’est la bonne solution. A la fin de la formation, pour celles qui sont bien compétentes, on leur remet un diplôme, bien que symbolique, pour les motiver, elles sont très fières, elles qui font tant d’efforts.


Asbakréo Fittouin,
Délégué régional à l’action sociale et la famille à Sarh : Grâce aux formations de L’APPEL-Durance, nous nous sommes investis localement dans un travail en collaboration en direction de groupes cibles : les enfants des rues, les filles-mères et également les personnes vivant avec le VIH-SIDA ainsi que leurs familles.
Notre méthodologie commune est aujourd’hui le concept de compétence sociale. Partir de ce que l’individu connaît, de ses points forts et s’y appuyer pour l’aider à s’enraciner dans son environnement et tisser des relations positives avec son entourage. Cela permet d’améliorer sa vie. Que ce soit en France, où nos amis travaillent, ou ici au Tchad, j’ai pu constater que cette approche s’avère efficace.


Alkoa Madjyerangar,
responsable de l’Association pour la Récupération et l’Engagement des enfants en Détresse : Koumra est considérée dans le pays comme le berceau de la délinquance. Les enfants des rues inondent la ville, les orphelins du SIDA et aussi les enfants domestiques commencent à errer. Il y a aussi les "enfants-bouviers" qui sont les esclaves des temps modernes. Dans notre pays où l’on ne se soucie même pas des droits de l’homme, les droits des enfants ne sont pas à l’ordre du jour. Notre association a pour but d’aider ces enfants en détresse. Mais nous avons besoin d’être formés car nous sommes bénévoles et les conseils professionnels de nos amies françaises nous sont nécessaires.
Nous voyons bien que leur expérience nous sert et même si les réalités ne sont pas les mêmes, ce qui se vit ici leurs sera aussi utile dans leur travail en France. L’APPEL nous apporte un appui technique, financier mais aussi institutionnel. On se sent un peu reconnu maintenant, cela maintient notre espoir.


Moudalbaye Naadoumngue,
directeur du Centre social : Ce 1er colloque organisé à Koumra a rassemblé l’ensemble des personnes agissant pour les enfants des rues. Jusqu’à présent chacun voulait affirmer son identité, sa légitimité. Il nous a fait percevoir l’utilité de travailler en collaboration, en complémentarité.


Fatimé Negué Kolmagne,
assistante sociale, très dynamique, première correspondante de L’APPEL, actuellement à AMASOT à Sarh : Chacun sur cette planète vit sa misère à sa manière. Nos amis les blancs sont des partenaires. Ce n’est pas parce qu’ils sont blancs qu’ils détiennent toutes les données. Avec nos amis de L’APPEL, nous avons une relation d’échanges et quand on tisse de tels liens, on y tient. Bien que je ne sois plus directement sur le terrain du travail social, c’est toujours ma famille et je suis heureuse qu’à chaque mission ils me demandent conseil. Ensemble nous avons fait pas mal de choses, mais beaucoup reste à faire, on n’a pas le droit de baisser les bras. En France, il m’a été très utile de voir vos méthodes de travail auprès des femmes en difficulté du CHRS la Chaumière. J’ai mieux compris votre travail éducatif. Ici nous avons eu à expérimenter avec votre aide, auprès des filles-mères en les formant à la couture et en les incitant à se mettre en groupement. La condition des femmes de l’Europe et de l’Afrique est encore un long combat...


Bernard Moudoukemtar,
directeur du BELACD à Sarh : Le fait que vous veniez tous les ans depuis 20 ans, cela donne une autre vision de votre appui. Ici, nous avons l’habitude de parler en terme de projet. Ceux initiés par L’APPEL- Durance sont à dimension humaine cela veut dire qu’ils sont à une dimension que les gens sont en mesure de continuer. Nous avons aussi de gros partenaires qui donnent de gros fonds, qui nous font vivre, reconnaissons-le, mais dans la pratique on les voit très peu sur le terrain.

Dans la durée le plus important n’est pas forcément de donner beaucoup d’argent. Un nouveau projet est bien conduit parce qu’il est réfléchi ensemble à l’avance. Au BELACD nous ne sommes pas une structure comme les grandes ONG, pas de plan de carrière, etc... mais nous avons notre éthique. Ma satisfaction est de voir que les élèves sont scolarisés et passent en classe supérieure, que l’on peut remettre debout des femmes et des hommes qui sont malades et chaque fois qu’un puits fonctionne et qu’un village a de l’eau potable à boire. C’est là que je trouve mon bonheur. Cela fait du bien quand des gens d’Europe viennent, cela nous sort de notre quotidien et nous empêche de tourner en rond. Même si on ne peut pas appliquer directement vos idées, cela nous permet de nous orienter et de mieux faire. Le fait que vous veniez régulièrement en Afrique cela tisse de vrais liens avec les gens d’ici. On voit que vous avez un coeur ici, c’est le sentiment que j’ai et quand je vous rends visite en Europe, que je suis reçu dans vos familles, je constate que quelque chose à changé en vous, une autre façon de voir l’autre, de concevoir la vie.


Antoinette Mbangnoudjal,
assistante sociale à Sarh : Au centre de Maïngara, nous suivons 850 malades atteints du SIDA, la tâche est immense. Avec les amis de L’APPEL-Durance nous travaillons pour permettre à ceux qui en ont encore la force physique de mettre en place des activités qui leur procureront quelques revenus. Ils pourront ainsi participer au coût des soins, peut-être ils pourront aller jusqu’à payer l’inscription de leurs enfants à l’école. Lors des colloques que vous nous avez aidés à organiser depuis 3 ans, les associations et les divers intervenants se sont reconnus et écoutés, des médecins conventionnels aux tradipraticiens. Je trouve que L’APPEL-Durance s’y prend de la meilleure façon pour nous apporter de la formation, s’entretenir avec les uns et les autres pour connaître leurs besoins, les amener à bien gérer. Il faut que l’argent qu’ils arrivent à obtenir bénéficie vraiment aux gens qui ont le VIH et qui sont tant dans le besoin. Il reste encore chez nous un grand problème : les gens ne croient pas vraiment à l’existence de la maladie du SIDA malgré tous les morts. Ils en entendent parler, c’est comme s’ils ne voulaient pas voir. Le petit livret réalisé avec le témoignage des personnes de chez nous parlant de leur maladie contribue à la prise de conscience.


Dr Joseph Mbaitoloum,
médecin-chef du district sanitaire de Moïssala de 1993 à 1998, actuellement coordonnateur du PASS à Ndjaména (projet Ministère de la Santé/ Banque Mondiale) : Ce qui est formidable dans cette histoire de 20 ans, c’est tout ce monde qui s’est connu au travers de ces échanges, des contacts multiples, simples mais riches. Tout le travail accompli correspondait à un besoin qui appelait des réponses vraiment concrètes et utiles sinon cela n’aurait pas duré. Les relations d’amitié se sont tissées au-delà de nos fonctions, j’ai été chez vous, vous êtes souvent revenus chez nous. Chaque année vos équipes se sont renouvelées, soutenues par celles qui étaient déjà venues auparavant. A chaque fois les moyens de l’action ont été recherchés par l’équipe, les formations adaptées à la situation réelle du milieu. A la fin de chaque mission, il y a eu une évaluation du travail qui a été faite et les orientations pour les années suivantes ont été évoquées.

http://www.lappel.org - L'appel au développement pour les enfants du monde.