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Entretien avec Madame Rosette DAMZA

Infirmière à la maternité de l’hôpital privé de TOKOMBÉRÉ , province de l’Extrême Nord , le 1er mars 2007.

Tout d’abord, qu’est-ce qui est essentiel à vos yeux ?
"Pour respecter les droits de l’enfant il faut d’abord que la femme ait son droit : si la femme a son droit, est respectée, alors l’enfant aussi ; sinon l’enfant est perdu et subit tous les dangers".

Madame Damza fait alors allusion à la Journée de la Femme qui se prépare activement et dont le thème principal cette année au Cameroun est la lutte contre les violences faites aux femmes et aux jeunes filles : "il faut bien insister sur le besoin que la femme ait son mot à dire et qu’elle ne doit pas toujours accepter ce que veut le mari. Ce nouveau conseil est beaucoup utilisé aux consultations de planification des naissances où on insiste sur l’entente conjugale pour proposer la planification.

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Madame Rosette DAMZA, infirmière à la maternité de l’hôpital de TOKOMBERE, donne son sentiment sur le lien étroit entre les droits des femmes et ceux des enfants. Elle insiste sur la détermination de chacun à défendre ses propres droits.

Les causeries avec les femmes doivent aller en profondeur sur la vie du couple : suis-je libre avec mon mari, est-ce que je l’accepte, puis-je parler avec lui... ? Il faut apprendre à instaurer un dialogue entre les deux. Si les parents n’acceptent pas le respect de l’autre, ils ne peuvent pas accepter le respect de l’enfant.”

Quels sont, selon vous, les principaux manquements aux droits de l’enfant ?
"Il n’y a pas de dialogue, de discussion avec l’enfant sur son intérêt ; la nourriture est trop rare pour certains qui partent à l’école sans avoir mangé (alors que les trajets à pied sont souvent grands). Les éducateurs ont des rencontres pédagogiques où ils parlent de problèmes avec les élèves ; si un enseignant est méchant, les enfants eux-mêmes vont voir le directeur."

La santé de l’enfant est bien prise en compte ici, à Tokomberé, où il y a une politique de prévention très développée et soutenue par les soignants de l’hôpital et les responsables-santé des villages, ce qui permet par exemple une couverture vaccinale de 91% des enfants de 0 à 5 ans ! Lors d’une hospitalisation de l’enfant les parents sont toujours présents et secondent efficacement les soignants dans l’attention portée à l’enfant.

Il ne semble pas qu’il y ait des problèmes de pédophilie ou d’agressions sexuelles dans cet arrondissement essentiellement rural et montagnard. Ce n’est malheureusement pas le cas dans les grandes villes.
Les orphelins sont dans cette région pris en charge dans la famille élargie.

Au chef lieu de la province, Maroua, il y a une maison des jeunes qui supervise l’accueil de 200 orphelins du Sida placés dans des familles d’accueil ou dans la famille élargie.

Madame Damza nous raconte l’histoire d’un orphelin qui illustre bien cette prise en charge avec ses difficultés et ses succès :
C’est l’histoire de Touda, garçon de 11 ans, orphelin de mère, qui a décidé de défendre ses droits lui-même, d’aller à l’école et de gagner peu à peu l’argent qui lui permettra de continuer les études :

"Actuellement son idée est de bien réussir l’examen pour aller au collège, et quand les enfants lui disent « tu ne peux pas fréquenter le collège parce que ça coûte cher », il répond comme un grand : « Si Dieu veut, je vais ramasser plus de bois, le vendre et acheter un mouton et pendant deux ou trois ans le mouton va mettre bas et je peux gagner l’argent et ma tante ajoutera le nécessaire ». Alors je trouve cela formidable pour un gosse de 11 ans, de réfléchir ainsi : cet enfant a un avenir plus loin. Il est très attaché au mari de sa tante et aime les contes de la montagne, et aussi l’histoire d’Abraham dont il a choisi le prénom pour son futur baptême car « c’est le père de tous les peuples »".

Propos de Rosette DAMZA recueillis par Christiane HURAUX

http://www.lappel.org - L'appel au développement pour les enfants du monde.