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Enfants des rues et droits des enfants au Tchad

Témoignage de Jacques DJIMRANGAR directeur de l’AEPJM à Sarh (Association pour l’Encadrement et la Promotion de la Jeunesse Marginalisée).

Introduction de Anne Vincent APPEL-DURANCE

Le Tchad fait partie des pays les plus pauvres de la planète. L’exploitation du pétrole tchadien depuis 2003 a, semble-t-il pour le moment, apporté plus de phénomènes de déstructuration sociale que de développement. La population est jeune et le taux de scolarisation faible.

On observe la présence de plus en plus nombreuse d’enfants et d’adolescents plus ou moins abandonnés, errant dans les rues des villes et s’installant sur les marchés. Ce phénomène des enfants des rues a d’abord touché la capitale Ndjaména puis peu à peu toutes les grandes villes du pays. Ces dernières années, les difficultés économiques des familles s’accroissant, le phénomène s’est amplifié, encore renforcé par l’apparition des " enfants-bouviers " vendus par leurs parents à des éleveurs contre un veau. (Beaucoup de ces enfants fuient des conditions de vie et de travail trop difficiles tout en refusant de retourner chez leurs parents et viennent grossir le nombre des enfants errants), et par la présence d’enfants orphelins souvent à cause du SIDA, que les familles ne prennent plus en charge.

Jacques DJIMRANGAR est depuis 2000 le directeur bénévole de l’AEPJM de Sarh au Tchad. Cette association héberge une trentaine d’enfants dans son foyer (voir le témoignage de l’un d’entre eux dans le précédent numéro du journal de L’APPEL). Elle appuie aussi de nombreux adolescents en leur fournissant une formation professionnelle et le matériel pour s’installer à leur compte. Jacques lui-même passe beaucoup de temps " sur le marché " où se trouvent les enfants les plus marginalisés. Peu à peu il arrive à prendre contact avec eux et à leur redonner l’envie de construire leur vie. Il gagne sa vie comme formateur occasionnel dans les instituts et ONG locales. A notre demande il a bien voulu accepter de rédiger l’article ci-dessous, nous l’en remercions.

" Peut-on parler de droit des enfants au TCHAD " ?

Le Tchad a ratifié la convention relative aux droits de l’enfant et la Charte Africaine pour le bien-être de l’enfant il y a 8 ans, mais leur application pose de grands problèmes. La plus grande partie de la population Tchadienne ne respecte pas le droit de l’enfant, ce qui fait que beaucoup des enfants Tchadiens ne s’épanouissent pas, ils sont marginalisés et vivent sous la pression de la société.

Etant responsable du centre d’encadrement des enfants, j’ai constaté que la majorité des enfants encadrés et soutenus nous apportent des témoignages négatifs sur la manière dont leurs parents n’ont pas respecté leurs droits. Beaucoup d’enfants deviennent des révoltés à cause de la violence qu’ils ont subie de la part de leurs parents, employeurs, tuteurs ou parrains qui ne sont pas capables d’assumer leurs responsabilités.
Et ces enfants finissent par gagner les rues et les centres publics tels que marchés, cinémas et bars dancing etc...
Au Tchad, la misère, l’ignorance, l’analphabétisme, sont aussi les causes du non respect des droits de l’enfant. Certaines institutions qui peuvent être à caractère religieux, laïc ou culturel, se sont créées pour encadrer des enfants mais elles ne respectent pas les normes standard pour un centre d’accueil d’enfants : elles chosifient les enfants et pensent les modeler à leur façon, elles utilisent la correction corporelle, la violence morale ou soumettent les enfants à des conditions de vie qui ne cadrent pas avec leurs capacités physiques et qui les déforment ou jouent sur leur développement physique, moral et intellectuel.

Le gouvernement, la population et les institutions doivent assumer leurs responsabilités en matière d’éducation ou de rééducation des enfants. Ils doivent placer l’enfant au premier plan dans tous les projets de développement socio-économique afin de mieux respecter ses droits.

http://www.lappel.org - L'appel au développement pour les enfants du monde.