Un éducateur pour les enfants de la rue« Je m’appelle Djimrangar Rokounal Jacques, je suis du Moyen Chari. Au niveau de mon travail, je suis directeur de l’AEPJM, formateur en transformation de produits locaux et éducateur.
Notre organisation a 12 ans cette année. Nous avons vraiment travaillé avec des centaines d’enfants. Beaucoup sont déjà réinsérés dans la vie active, ils ont créé leur propre famille et se prennent en charge. L’avis de ces enfants c’est qu’ils veulent qu’on fasse encore davantage pour les autres, ceux qui sont encore dans la rue. Dans notre organisation, on est très limités au niveau des moyens financiers pour appuyer les enfants. Des fois, on n’a que des conseils à donner aux enfants. Les 35 enfants qui vivent au foyer dépassent déjà la capacité financière de notre organisation. Quand j’étais enfant, j’étais un enfant de la rue. C’est avec beaucoup de courage que j’ai pu sortir de ma situation, Je me suis battu moi-même. Mes parents sont décédés très tôt quand j’avais moins de dix ans. Malgré cela j’ai eu le courage de m’inscrire à l’école. J’ai été jusqu’en terminale où j’ai raté une fois mon bac et j’ai dit " bon il n’y a pas seulement l’école, je dois me chercher autrement ". Dès que ma vie s’est un peu améliorée j’ai pensé aussi aux enfants, car ma vie se passait tout autour du marché : le petit commerce, je vendais des comprimés, je travaillais avec les porte-tout, pour gagner ma vie et tout le temps les enfants étaient à côté de moi. Ils venaient me demander de l’assistance et je voyais comment ils étaient souffrants. Pour moi, le travail avec les enfants de la rue, c’est aussi de l’engagement personnel, un savoir-faire qui provient de soi-même, savoir être attentif aux enfants, un enfant évolue tous les jours : ce qu’il veut faire, ce qu’il désire faire et ce qu’il est en mesure de faire. Ils ont une capacité qu’on peut développer. Cela ne nécessite pas beaucoup de choses, donner seulement un petit appui à ces enfants, selon leurs initiatives, selon comment ils se prennent personnellement en charge lorsqu’il n’y a personne à leur côté. En les appuyant un peu, ils vont développer leurs capacités. La formation est une obligation pour tous ceux qui travaillent avec les enfants. C’est pour cela qu’avec l’APPELDURANCE on a vraiment tenu à former les associations qui travaillent avec ces enfants. Depuis qu’on a fait cette formation, il y une amélioration du travail fait avec les enfants.Voila un peu ce qu’il en est pour les enfants de la rue qui sont chez nous.
— - Cette interview a été réalisée en août 2006 dans le cadre du projet "regards croisés Luberon Tchad" qui célébrait les 20 ans d’échanges avec le Tchad de L’APPEL-DURANCE. Hélas Jacques est décédé brutalement en septembre 2007, laissant encore une fois orphelins les enfants de son association. Les trois groupes APPEL (Durance, Cherbourg et Essonne) qui interviennent au Tchad s’associent à leur peine et le travail entamé depuis plusieurs années avec l’AEPJM, ne s’arrêtera pas. |