L’alimentation des bébés dont la mère est séropositive : choix impossible ?Le virus du sida peut se transmettre de la mère à l’enfant pendant la grossesse, lors de l’accouchement ou au cours de l’allaitement. Dans les pays développés, il y a longtemps qu’il est préconisé de nourrir ces enfants avec du lait artificiel. Cette précaution venant compléter d’autres conduites médicales durant la grossesse et l’accouchement, nous sommes actuellement à moins de 5% de transmission mère-enfant (en France : 1%). En Afrique, la situation est différente. Déjà dans les années 80, des campagnes de sensibilisation avaient été faites par l’UNICEF sur les dangers de l’alimentation artificielle dans un contexte aux ressources réduites. Le lait maternisé en poudre coûte très cher, l’eau disponible n’est souvent pas potable et les instruments utilisés, en particulier les biberons, sont difficiles à maintenir dans des conditions d’hygiène correcte. Le taux de mortalité des enfants élevés au biberon en Afrique est beaucoup plus élevé que celui de ceux allaités au sein. Lorsqu’une jeune femme séropositive attend un bébé, elle-même et les professionnels de santé qui l’entourent (si elle a la chance d’être suivie correctement) sont confrontés à divers éléments qui entraînent un choix bien difficile. Si elle allaite " normalement " son enfant, elle risque de lui transmettre ce virus pendant cette période (elle peut aussi l’avoir transmis avant). Si elle lui donne du lait artificiel, elle prend un risque médical et social :
C’est pourquoi dans plusieurs pays africains devant ces risques, la politique nationale de santé, d’abord pour l’alimentation artificielle, a modifié ses préconisations en revenant à l’allaitement maternel pour ces enfants mais dans certaines conditions : allaitement exclusif, bref (moins de six mois) avec sevrage rapide. Habitudes africaines Mais en Afrique, si un enfant est allaité longtemps, ce n’est jamais exclusif. Dès la naissance, de l’eau ou d’autres boissons lui sont données traditionnellement (dans le sud du Tchad, on lui fait boire des décoctions de feuilles de manguier ou de goyavier pour prévenir l’installation de vers intestinaux). Or il est démontré aujourd’hui que l’administration d’autres boissons que le lait maternel favorise l’irritation de la muqueuse intestinale et donc le passage du virus du lait de la mère au sang de l’enfant. Par ailleurs, un sevrage rapide à six mois sans disposer d’aliments de transition amène tout droit à la malnutrition. Ces changements de comportement, s’ils sont réalisables avec le soutien d’un bon encadrement du système de santé, soulignent tout autant que l’alimentation artificielle l’existence d’un secret risquant d’entraîner le rejet social de la mère.
Le projet présenté par la revue "Grandir" préconise d’accompagner la mère dans l’élaboration de son propre choix compte tenu de sa situation matérielle et du contexte social dans lequel elle vit (en particulier la possibilité de partager ou non la réalité de sa séropositivité avec son entourage familial et social). Cette démarche, qui répond à une exigence éthique forte, nécessite des structures de santé disposant de personnel formé pour cet accompagnement. Et ce travail demande du temps, ce dont les professionnels de santé, en nombre réduit, disposent rarement. Aujourd’hui cependant, le contexte médical africain a changé avec une plus grande accessibilité des traitements antirétroviraux. Les mamans séropositives peuvent bénéficier de ces traitements durant leur grossesse et l’allaitement de leurs enfants, et il semble (des études sont en cours) que le traitement de la mère, complété par un traitement de l’enfant pendant toute la période d’allaitement, permette de limiter très fortement le risque de transmission mère-enfant. L’enfant de mère séropositive redeviendrait un enfant comme les autres du point de vue de son alimentation et le plus souvent sur tous les plans puisqu’il n’aura pas été contaminé. |