Quelle possibilité de pérennisation de ses ressources pour une association accueillant des enfants de la rue au Tchad ?Lorsque, à la demande du Délégué régional à l’action sociale, nous avons commencé à travailler avec des associations accueillant des enfants des rues au Tchad, la question de l’accompagnement éducatif des enfants s’est posée avec acuité, les responsables de ces associations n’ayant aucune formation dans ce domaine. Nous travaillons nous-mêmes dans des structures sociales françaises financées par l’Etat ou le Conseil Général, ce qui nous permet de nous centrer sur notre mission éducative dans des conditions matérielles correctes. Nous n’imaginions pas combien ces associations avaient de soucis simplement pour assurer un repas quotidien aux enfants accueillis. En les rencontrant lors des séances de formation et en leur rendant visite, nous avons mieux compris leur fonctionnement et deviné leurs difficultés de pérennisation. Ces associations peuvent avoir en général trois principales sources de financement :
Nous avons également découvert que le ministère de tutelle de ces associations (Ministère de l’action sociale) n’a luimême que des moyens de fonctionnement dérisoires et ne dégage aucun fond pour les associations qu’il encadre. Le Tchad n’étant pas décentralisé, il n’existe non plus aucune source de financement provenant de collectivités territoriales. Les cotisations Ce sont souvent les cotisations apportées par les membres qui sont les premières ressources de l’association, mais il est difficile à ceux-ci de maintenir longtemps un effort financier important à l’égard d’une cause extérieure à leur propre économie familiale. Et même il est de coutume au Tchad qu’un engagement bénévole soit rapidement au moins dédommagé afin d’en encourager la continuité. Donc, il arrive fréquemment que des membres fondateurs ne voyant rien venir pour eux, se découragent et diminuent leur investissement dans l’association. Les dons et subventions L’association doit donc rapidement rechercher des dons et subventions. Il arrive que des dons soient faits par des membres d’Eglises étrangères présents sur place et motivés par le projet. Mais souvent au bout de quelques années ils retournent dans leur pays d’origine et le financement s’arrête. Aujourd’hui on assiste à une diminution très importante du nombre de religieux européens en poste au Tchad. Des dons ponctuels peuvent être obtenus par des organismes internationaux. Par exemple l’UNICEF offrira des nattes, des moustiquaires ou du matériel de jardinage. Concernant l’obtention de subventions, les opportunités sont rares et en général il est demandé que l’association ait déjà fait ses preuves. Les activités économiques Beaucoup de ces associations se lancent dans des activités économiques pour s’assurer des revenus et poursuivre leur but. Elles sont devant un double défi : assumer leur mission par rapport aux enfants et gérer des activités économiques. Par exemple nous connaissons bien l’une d’entre elles : L’Association pour l’Encadrement et la Promotion de la Jeunesse Marginalisée à Sarh L’AEPJM a dès sa fondation en 1999 créé un petit restaurant en parallèle à son activité d’accueil et de suivi des jeunes de la rue et les moniteurs emmenaient les jeunes dans les champs pour cultiver eux-mêmes une partie de leur nourriture. Peu à peu le travail des champs s’est transformé en maraîchage. Les enfants accueillis sont systématiquement scolarisés, et le restaurant s’est développé avec la construction de locaux adaptés en 2000. Ce restaurant est ouvert tous les midis de la semaine et propose quelques plats traditionnels toujours prêts et, sur commande, des repas élaborés et de bonne qualité. Il est possible aussi à un séminaire de commander et se faire livrer un repas.
Actuellement la différence entre les achats de marchandise et les ventes est d’environ 300 euros par mois. Cependant il faut payer les employés (cuisinières et 2 gardiens, les locaux devant être gardés 24 h sur 24) et l’électricité très chère au Tchad. Il reste environ 60 euros chaque mois qui contribuent à la nourriture des enfants. Ce qui est loin d’être suffisant pour les 25 à 30 enfants accueillis au foyer. Aussi l’association reste dépendante de dons pour compléter. Selon les moments l’alimentation des enfants est plus ou moins suffisante (parfois un seul repas par jour) L’association souhaite devenir indépendante sur cette question. Elle a réfléchi à plusieurs hypothèses pour accroître ses ressources issues de son activité économique tout en trouvant un débouché pour des jeunes qu’elle accueille :
* en rénovant les locaux (la construction date de 2000, les murs restent de bonne qualité mais les toitures en paille ne sont plus du tout étanches) et une partie du matériel qui est très usagé * en complétant la formation des jeunes qui assurent la cuisine et le service * en créant une activité de transformation de produits locaux (conserves de fruits, boissons locales) L’association a l’objectif de tripler ainsi le bénéfice dégagé pour l’alimentation des enfants et de devenir autosuffisante sur ce point. L’APPEL-DURANCE qui s’est engagée à soutenir l’AEPJM dans un de ses projets durant les années 2008/2009 a déjà financé la réfection d’une partie des toitures et la construction de la salle de séminaire. Elle recherche actuellement les moyens de financer la rénovation du restaurant et la formation des jeunes en cuisine et transformation des produits locaux. |