Nous atterrissons à Saïgon au matin du 28 février. Juste le temps de nous installer dans notre chambre d’hôtel donnant sur une ruelle étroite, très vivante, et rendez-vous nous est donné pour un déjeuner rapide : les rencontres avec les filleuls commenceront dès 14 H. Le ton est donné et le rythme des journées (7 H -19 H) se maintiendra pendant ces 15 jours d’une mission d’une richesse relationnelle intense. Rappelons les chiffres donnés par Jeanine Maeder dans son rapport général :
« Nous avons rencontré environ 100 filleuls, avec leur famille, une dizaine d’anciens filleuls devenus auto- nomes, nous avons visité 7 jardins d’enfants, 2 foyers pour enfants handicapés et 1 école. Enfin, nous avons apprécié le programme d’aide à la scolarisation (province de Lam Dong, autour de Dalat), qui touche une centaine d’enfants des rues et 40 lycéens et étudiants issus de minorités ethniques ; nous avons eu des échanges avec une douzaine de lycéens et une autre douzaine d’étudiants bénéficiant de ce programme. »
Les points forts de L’APPEL qui nous sont apparus sont les suivants :
- Une action dans la continuité sur plusieurs années, ce qui permet de mesurer, chaque année, les effets de l’aide apportée.
- Une action directe ne nécessitant qu’un intermédiaire local, donc un fonctionnement administratif très léger.
- Des correspondants fidèles et fiables, faisant un travail remarquable (suivi des familles, contrôle de l’assiduité scolaire, organisation des missions, traductions orales pendant les missions…).
Une enquête est menée sur chaque enfant aidé et sur sa famille, au cours d’entretiens sérieux et rigoureux. Tout y est :
- la composition et l’état de santé des membres de la famille,
- les revenus globaux de la famille,
- les dépenses globales de loyer, charges (électricité), frais de scolarité, frais médicaux éventuellement,
- les dépenses exceptionnelles, surtout les emprunts en cours,
- la santé et la croissance du filleul,
- sa scolarisation : classe, bulletin de notes, cours supplémentaires.
L’aide fournie est alors ajustée en conséquence.
Pour les établissements aidés, jardins d’enfants, école et centres pour enfants handicapés, l’étude porte sur les agencements, équipements, réalisations et projets de travaux.
Les familles parrainées sont parmi les plus défavorisées. La plupart du temps une famille pauvre se définit par la cohabitation sous le même toit (une pièce de 10 à 15 m2) de 5 à 8 personnes appartenant à 3 générations. Le père est souvent absent (décédé ou parti) ou handicapé (maladies, accidents de travail ou accidents de circulation nombreux).
La comparaison des niveaux de vie occidentaux et vietnamiens est impressionnante. Voici quelques exemples :
- Revenus mensuels de la famille : 45 € à 75 €
- Loyer : 30 € à 50 €
- Frais annuels de scolarité d’un filleul : de 20 € en primaire à environ 200 € pour un étudiant
- Un repas dans la rue : 0,70 €

- A Dasar, cours d’informatique par le professeur Cil Hamap, lui-même montagnard, ancien élève de la formation créée par L’APPEL.
Au Vietnam, la santé et la scolarisation sont payantes. Les cours "particuliers" sont très fréquents et quasi indispensables pour la réussite aux examens. Outre la mise à niveau des enfants, ils constituent aussi des revenus complémentaires pour les enseignants très mal payés.
Avec une mensualité de 25 € par mois, le parrainage soutient l’ensemble de la famille, et permet la scolarisation des enfants. Une petite note sur le micro-crédit, autre forme d’aide à certaines familles. C’est que là-bas les taux usuraires des prêts de particuliers à particuliers sont prohibitifs. Nous avons eu connaissance de taux pouvant atteindre 20 % par mois !
Toute somme empruntée à ce taux précipite les emprunteurs dans une situation catastrophique. Ils ne peuvent en effet que payer les intérêts, sans jamais rembourser le capital emprunté.
A trois ou quatre reprises, au cours du séjour, pour libérer des familles de telles dettes, L’APPEL a octroyé des prêts à taux zéro, tout simplement remboursables par diminution sur plusieurs mois de l’aide régulière mensuelle. Il s’agit de prêts de l’ordre de 100 € à 250 €. D’autres prêts ont été consentis pour l’achat d’une moto ou le crépi d’une maison…
L’APPEL a par ailleurs perçu pendant cette mission des remboursements partiels de prêts déjà octroyés pour la création de micro-entreprises (mini-station de lavage de taxis, acquisition de moto-taxi …).
Sept familles très défavorisées nous ont été présentées pour être parrainées. Le nombre de boursiers montagnards de Lam Dong mérite aussi d’être augmenté.
Nous manquons de parrains et marraines. Tout don, même minime, même ponctuel, augmente le budget de ces parrainages.
Nous ne saurions oublier l’action généreuse et efficace menée par Gérard Cognié, dont la mission s’est faite conjointement à celle des parrainages : création de centres d’apprentissage de l’informatique et de l’anglais destinés aux jeunes "montagnards".
Ayant vécu des moments d’une richesse humaine exceptionnelle, nous sommes prêts à repartir pour de nouvelles missions, à nos frais bien sûr, comme cette fois-ci.
Chantal et Docteur Philippe OTTAVI